Au Hameau de Montrieux || Démarche photographique

Au coeur de l’hivers, découvrir un lieu chargé de plus de neuf siècles d’histoire, ne laisse pas indifférent, surtout pour les plus sensibles, les empathes, les poètes, les philosophes, les historiens, les curieux, les artistes et les amoureux.

En ce qui me concerne, cette durée de temps est une notion abstraite, car difficilement quantifiable. De ces périodes, ce temps passé, que reste-t-il ? Une architecture, de la pierre et les récits d’historiens. A la fois tangible et insaisissable. Des projections mentales des scènes de vie d’autrefois, modelées par un imaginaire propre à chacun.

Explorer les lieux dans cet espace temps en suspension, pouvoir circuler librement entre ces époques passées, en partie palpables, se présente peu à peu comme une exploration de soi, une introspection. L’intention d’aborder la thématique du Temps émerge, mais la démarche, encore floue.

Et, de ces moments au questionnement liés à la recherche d’une thématique consistante, cette quête de sens, la phase la plus émouvante fût la découverte des cartes postales datant du début du siècle dernier. Des fenêtres temporelles s’ouvrant sur une époque révolue, mais réel, autenthique, charnelle.

Un moment décisif, bouleversant. Toutes ces personnes photographiées et donnant vie au lieu, ces personnes ayant foulé de leurs pas les pavés du Hameau, ces personnes ayant œuvré à entretenir cette mémoire architecturale, collective, tous ces moments de joies, d’émotions diverses, toute cette présence devenue absence, me confronte à notre propre finitude.

 

Dans le froid et l’humidité de la pièce où ces cartes postales d’un temps immobile reposent, ces visages et regards photographiés semblent m’interpeller, une invitation au dialogue, une invitation impérieuse à transmettre leur message.

Ce message évident, intemporel, synthétisé lors de l’interprétation de cet entretien muet, nous invite à considérer chaque instant comme moment précieux, et d’honorer leurs mémoires en oeuvrant dans l’accomplissement de belles choses.

En complément de cette démarche, les trois citations suivantes, se présentent comme des briques de pensée, des éléments structurant l’approche.

Joseph Koudelka : « Pour moi le photographe c’est quelqu’un qui a vraiment quelque chose à dire ».

Bill Brandt : « Cela fait partie du travail du photographe de voir plus intensément que la plupart des gens. Il doit avoir et garder en lui quelque chose de la réceptivité de l’enfant qui regarde le monde pour la première fois ou du voyageur qui pénètre dans un pays étrange. « 

Roy Batty dans Blade Runner : « Tous ces moments se perdront dans l’oubli… comme… les larmes… dans la pluie ».

Christophe Robiglio // 2023 – 2024

 

Enivrez-vous

Il faut être toujours ivre, tout est là; c’est l’unique question. Pour ne pas sentir l’horrible fardeau du Temps qui brise vos épaules et vous penche vers la terre, il faut vous enivrer sans trêve.

Mais de quoi ? De vin, de poésie, ou de vertu, à votre guise. Mais enivrez-vous!

Et si quelquefois, sur les marches d’un palais, sur l’herbe verte d’un fossé, vous vous réveillez, l’ivresse déjà diminuée ou disparue, demandez au vent, à la vague, à l’étoile, à l’oiseau, à l’horloge; à tout ce qui fuit, à tout ce qui gémit, à tout ce qui roule, à tout ce qui chante, à tout ce qui parle, demandez quelle heure il est. Et le vent, la vague, l’étoile, l’oiseau, l’horloge, vous répondront, il est l’heure de s’enivrer! Pour ne pas être les esclaves martyrisés du Temps, enivrez-vous, enivrez-vous sans cesse! De vin, de poésie, d’amour ou de vertu, à votre guise.

Charles Baudelaire 

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